Le CNC gèle son fonds d'aide aux créateurs de contenus sur les réseaux sociaux après des menaces de l'extrême droite visant les membres de sa commission.

Le Centre national du cinéma (CNC) a annoncé mercredi la suspension de son Fonds d'aide à la création sur les plateformes sociales. La raison : des menaces directes visant les membres de la commission chargée d'attribuer les aides. Selon 20 Minutes Culture, le niveau d'agressivité atteint est qualifié d'« inédit ».
Ce fonds, créé pour accompagner les créateurs de contenus sur YouTube, TikTok ou Instagram, représentait l'un des rares dispositifs publics reconnaissant la création numérique comme un véritable secteur culturel. En finançant des projets de vidéastes et de créateurs indépendants, le CNC envoyait un signal fort : les plateformes sociales font partie du paysage audiovisuel français, au même titre que le cinéma ou la télévision.
Sauf que ce fonds est devenu une cible.
Des campagnes de harcèlement orchestrées par des mouvances d'extrême droite ont visé des bénéficiaires du fonds, puis les membres de la commission eux-mêmes. Le reproche, récurrent dans ces milieux : le financement de contenus jugés trop progressistes ou militants. La pression a fini par atteindre un point de rupture, poussant le CNC à geler le dispositif pour protéger les personnes impliquées.
C'est un signal inquiétant pour toute l'industrie audiovisuelle. Si des commissions d'experts peuvent être réduites au silence par des menaces, le principe même du financement public de la création est fragilisé. Et ce n'est pas qu'une affaire de vidéastes YouTube — les mêmes logiques d'intimidation pourraient toucher demain les commissions qui financent les séries, les documentaires ou le cinéma d'auteur.
Pour les créateurs qui comptaient sur ce fonds pour lancer ou poursuivre leurs projets, c'est un coup d'arrêt brutal. Et pour le CNC, un dilemme : reprendre l'activité du fonds en renforçant la protection des commissaires, ou céder du terrain face à la pression. La réponse qu'il apportera dira beaucoup sur la capacité des institutions culturelles françaises à résister aux campagnes d'intimidation.
Source : 20 Minutes Culture