Oui, sur le plan strictement commercial, The Mandalorian & Grogu ressemble bien à un nouveau signal d'alerte pour Star Wars : sorti le 22 mai 2026, le film réalisé par Jon Favreau signe le plus faible démarrage jamais enregistré par un Star Wars en prises de vues réelles depuis le rachat de Lucasfilm par Disney en 2012. Mais s'arrêter au verdict d'un simple revers passe à côté de l'essentiel : ce que ces chiffres disent de l'usure d'une marque longtemps réputée increvable, et de l'avenir désormais flou de la série culte portée par Pedro Pascal.
Un démarrage historique… par le bas
Les chiffres, d'abord. Selon Deadline, le film a réuni environ 98 millions de dollars sur le long week-end de Memorial Day (quatre jours) aux États-Unis, dont près de 82 millions sur les trois jours classiques. Variety évoque un démarrage mondial autour de 163 à 167 millions de dollars. Des scores qui feraient rêver bien des studios… sauf qu'il s'agit de Star Wars. CNBC le résume sans détour : c'est le plus petit lancement pour un film Star Wars sous l'ère Disney, sous la barre de Solo (2018), jusqu'ici lanterne rouge de la saga.
La suite a confirmé les craintes, comme nous l'analysions dès le début du mois de juin. World of Reel a relevé une chute de 72 % lors du deuxième week-end, un effondrement inhabituel pour un blockbuster de cette envergure. Au 12 juillet 2026, le long-métrage plafonne autour de 340,5 millions de dollars dans le monde (Box Office Mojo), ce qui en fait le plus faible total au box-office mondial pour un Star Wars en prises de vues réelles de l'ère Disney, sous les 393 millions de Solo.
| Film Star Wars | Année | Démarrage US (3 jours) | Total mondial |
|---|---|---|---|
| The Mandalorian & Grogu | 2026 | ~82 M$ | ~340,5 M$* |
| Solo: A Star Wars Story | 2018 | ~84 M$ | 393 M$ |
| Star Wars IX — L'Ascension de Skywalker | 2019 | 177 M$ | 1,07 Md$ |
| Star Wars VII — Le Réveil de la Force | 2015 | 248 M$ | 2,07 Md$ |
Star Wars : la marque qui n'attire plus les foules
Le vrai sujet n'est pas ce démarrage isolé, mais la pente sur laquelle il s'inscrit. La trilogie de la suite, ou postlogie, avait déjà envoyé un signal clair : 2,07 milliards de dollars pour Le Réveil de la Force (2015), 1,33 milliard pour Les Derniers Jedi (2017), puis 1,07 milliard pour L'Ascension de Skywalker (2019). Une érosion continue, film après film.
Plusieurs observateurs, cités par The Hollywood Reporter, pointent un basculement plus inquiétant que la colère des fans : l'indifférence. Un public en colère revient au moins pour râler ; un public indifférent, lui, ne se déplace plus. La surexposition — films, séries Disney+ à la chaîne, produits dérivés — a dilué l'événement. Star Wars n'est plus un rendez-vous, c'est devenu un catalogue.
Le contexte de transition n'aide pas : Kathleen Kennedy a quitté la présidence de Lucasfilm — transition annoncée en 2025, effective en janvier 2026 —, laissant la direction créative à Dave Filoni (président et directeur créatif), épaulé par Lynwen Brennan comme co-présidente. The Mandalorian & Grogu a été lancé et produit sous l'ère Kennedy, qui reste créditée comme productrice, mais il devient le premier gros test qui arrive sous la nouvelle direction de Dave Filoni — et il ne rassure personne.
Un film rentable ? Pas si vite
Disney a mis en avant un budget de production « maîtrisé » de 165 millions de dollars, nettement inférieur aux quelque 275 millions de Solo (The Hollywood Reporter). De quoi limiter la casse, en théorie. Sauf qu'un blockbuster ne rentre pas dans ses frais à la seule hauteur de son budget de production : marketing compris, le seuil de rentabilité en salles est estimé par les analystes entre 400 et 465 millions de dollars. À 340,5 millions, l'équation ne boucle pas côté cinéma. World of Reel évoque même une perte potentielle de l'ordre de 100 millions de dollars sur l'exploitation en salles — un chiffre estimé, non officiel, que le streaming et les produits dérivés viendront en partie compenser.
Nuance importante, et c'est là que le film échappe au procès complet : l'accueil n'est pas un rejet. Les critiques sont mitigées (environ 60 % sur Rotten Tomatoes), mais le public a suivi — le score spectateurs le plus élevé jamais obtenu par un Star Wars de l'ère Disney, un record à 89 % sur Rotten Tomatoes, malgré un CinemaScore de A−. La partition de Ludwig Göransson est, elle, unanimement saluée, comme nous le détaillions dans notre article sur ce qui sauve le film. Le problème n'est donc pas la qualité perçue par ceux qui l'ont vu : c'est le nombre de gens qui ont décidé de ne pas se déplacer.
Et maintenant, une saison 4 pour The Mandalorian ?
C'est ici que la stratégie de Disney interroge le plus. Dans notre fiche The Mandalorian, la série reste répertoriée comme terminée après 3 saisons et 24 épisodes (2019-2023), disponibles en France sur Disney+. Le film n'est pas une saison 4 déguisée : c'est un transfert du récit vers le grand écran. Or ce choix aurait, selon plusieurs informations que nous avons suivies, poussé une éventuelle saison 4 au second plan, Jon Favreau lui-même hésitant à replonger dans le format série.
Le pari était limpide : transformer un succès télé en franchise de cinéma. Le résultat commercial mitigé du film rebat les cartes. Ramener Din Djarin et Grogu sur Disney+, là où le duo a conquis son public, redevient une option crédible — voire la plus sûre. Nous revenions sur ce basculement salle/streaming dans cet article.
Notre lecture
The Mandalorian & Grogu n'est pas le naufrage artistique que certains titres laissent entendre : le film plaît à ceux qui le voient. C'est un échec de désirabilité, pas de qualité. Et c'est précisément ce qui devrait inquiéter Disney : quand un produit correct, bien noté par son public, peine à remplir les salles, le problème n'est plus seulement le film — c'est la marque. Pour The Mandalorian, la leçon est presque rassurante : la série disposait d'un public fidèle sur Disney+. Le vrai risque serait que Disney en tire la mauvaise conclusion.
Questions fréquentes
The Mandalorian & Grogu est-il vraiment un échec au box-office ?
Oui au regard des standards de la saga : avec environ 82 M$ sur trois jours et 98 M$ sur les quatre jours du week-end de Memorial Day (Deadline), c'est le plus faible démarrage d'un film Star Wars en prises de vues réelles depuis le rachat par Disney en 2012, sous le niveau de Solo (CNBC). Son total mondial tourne autour de 340,5 M$ au 12 juillet 2026 (Box Office Mojo), soit le plus faible total mondial pour un Star Wars live-action de l'ère Disney.
Combien a coûté The Mandalorian & Grogu et le film est-il rentable ?
Le budget de production est d'environ 165 M$ (The Hollywood Reporter). Marketing compris, le seuil de rentabilité en salles est estimé par les analystes entre 400 et 465 M$. À environ 340,5 M$ de recettes mondiales, le film ne devrait pas atteindre l'équilibre au cinéma ; World of Reel évoque une perte estimée autour de 100 M$, que le streaming sur Disney+ et les produits dérivés viendront partiellement compenser. Ces chiffres de pertes restent des estimations, non des données officielles Disney.
Pourquoi le film The Mandalorian a-t-il moins bien marché que les autres Star Wars ?
Moins par manque de qualité que par usure de la marque. Les critiques sont mitigées, autour de 60 % sur Rotten Tomatoes, mais le public présent a apprécié le film, avec un CinemaScore A− et un score spectateurs record de 89 % pour un Star Wars de l'ère Disney. Le vrai problème tient à la surexposition de la saga, entre films, séries Disney+ et produits dérivés, qui a dilué l'événement. Plusieurs analyses citées par The Hollywood Reporter parlent surtout d'un passage de la colère des fans à l'indifférence : une partie du public ne conteste plus Star Wars, elle ne se déplace simplement plus.

