Sur la Croisette 2025, EcranLarge éreinte Dalloway en le qualifiant de « Black Mirror français raté ». Ce que ça révèle de la série de Brooker.

Dalloway vient d'être éreinté sur la Croisette. Selon EcranLarge, le film français a été qualifié de « Black Mirror français et tout pourri » pendant le Festival de Cannes 2025, où la question de l'intelligence artificielle traverse à peu près toutes les conversations.
Ce qui est intéressant ici, ce n'est pas tant Dalloway que ce que cette comparaison dit de Black Mirror. La série anthologique de Charlie Brooker, lancée en 2011 sur Channel 4 puis reprise par Netflix, est devenue le mètre-étalon de la fiction techno-paranoïaque. Quand un journaliste veut résumer en deux mots un récit dystopique sur l'IA, il dégaine « Black Mirror » comme on dégainerait « kafkaïen » pour un récit administratif absurde.
Et c'est là que ça coince un peu.
Avec sept saisons et 33 épisodes au compteur, Black Mirror a cessé depuis longtemps d'être une simple série pour devenir un genre à part entière. Sa note TMDB de 8.3/10 témoigne d'un public toujours là, mais la formule a essaimé partout : dans les séries concurrentes, dans les pitchs de scénaristes, dans la critique. Tout récit un peu sombre sur la technologie hérite désormais de l'étiquette, à tort ou à raison.
Le revers, c'est que la comparaison est devenue à double tranchant. Si EcranLarge utilise « Black Mirror français » comme une insulte, c'est parce que l'imitation paresseuse du modèle Brooker s'est multipliée. La paranoïa technologique facile, la chute glaçante téléphonée, la voix off lugubre : autant de tics qu'on associe désormais à la série, au point d'oublier que ses meilleurs épisodes fonctionnaient justement parce qu'ils refusaient ce schéma.
Pour Black Mirror, la position est ambiguë. La série est tellement installée dans l'imaginaire collectif qu'elle n'a plus besoin de se vendre. Mais elle hérite aussi de tous les ratés de ses imitateurs. Quand Dalloway se prend une volée de bois vert et qu'on parle de « Black Mirror français », c'est un peu Brooker qui prend.
À noter que la grève des scénaristes de 2023 à Hollywood, déclenchée notamment sur la place de l'IA dans l'écriture, continue d'irriguer le discours autour de la série — Charlie Brooker s'était d'ailleurs amusé à mettre en scène ses propres angoisses dans Joan Is Awful, où une plateforme de streaming générait automatiquement des séries à partir de la vie de ses abonnés.
La boucle est bouclée, et elle n'est pas près de s'ouvrir.
Source : EcranLarge